#Paris Faith Ringgold à Picasso Mania

Comment le mythe Picasso a-t-il survécu 42 ans après la mort de l’artiste ? C’est la question que tente de résoudre le Grand Palais avec l’exposition «Picasso Mania». Cent chefs d’œuvre de Picasso, dont certains jamais montrés, confrontés aux plus grands maîtres de l’art contemporain, Georges Condo, Jasper Johns, Chérie Samba, Roy Lichtenstein, Andy Warhol ou encore Jean-Michel Basquiat. Cette juxtaposition des œuvres présente, certes, une évidence, que l’on a cependant du mal à quantifier au quotidien, tant l’influence de l’artiste est immense dans le monde entier, toutes nationalités confondues, que ce soit auprès des artistes, de la culture populaire, du cinéma ou des marques.

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Chéri Samba, «Picasso», 2000

Chéri Samba, «Picasso», 2000

Une œuvre a particulièrement retenu notre attention. Il s’agissait d’une peinture acrylique sur toile bordée de tissus, réalisée en 1991 par l’artiste Afro-Américaine Faith Ringgold. Intitulée «Picasso’s Studio», l’œuvre fait partie d’une série de quilts, aussi appelés patchwork que l’on peut retrouver dans la collection permanente du Worcester Art Museum dans le Massachusetts .

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Faith Ringgold détourne le tableau mythique de Picasso «Les Demoiselles d’Avignon», œuvre charnière qui a été le point de départ de l’art du 20e siècle. Cette huile sur toile qui fait aujourd’hui partie de la collection permanente du musée d’art moderne de New York, ouvrait la porte à l’art géométrique du cubisme, influencé par l’art dit « primitif » africain, en proposant des innovations artistiques qui poussaient des limites, déjà bousculées par la libération de la couleur des fauves et les paysages géométriques de Cézanne.

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En détournant ce tableau symbolique, Faith Ringgold met au centre la femme noire face à l’art occidental. Cette afro-féministe est très impliquée dans la défense des droits civiques de la communauté noire américaine. Née à Harlem en 1930, elle est surtout reconnue dans l’histoire de l’art, comme celle qui a utilisé le patchwork comme médium plastique pour faire passer des messages politiques sur la lutte de sa communauté contre l’exclusion et le combat du mouvement féministe.

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Tout comme Lorraine O’grady, Ringgold a lutté contre la marginalisation des artistes noirs dans les institutions d’art contemporain et les galeries dites élitistes et blanches. Son apport a essentiellement permis au patchwork, qui est une technique populaire, d’accéder au monde de l’art contemporain dans les années 60, tout comme l’art textile sculptural de Sheila Hicks. Il a montré qu’il était possible de conter des récits personnels d’une communauté et des récits politiques tissés à même les fibres du patchwork. Elle a participé à la lutte des Guerrilla Girls, le fameux groupe d’artistes féministes fondé à New York en 1985 et connu pour avoir lutté pour promouvoir la place des femmes et des personnes de couleur dans le milieu de l’art contemporain.

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Vous avez jusqu’au 29 février 2016, pour voir son œuvre à l’exposition «Picasso Mania» au Grand Palais à Paris.